Concepts fondamentaux de l’ostéopathie

 

  1. La structure gouverne la fonction

 

Still (1908) avait compris qu’il existait une étroite relation entre l’anatomie du corps et son fonctionnement.

 

L’ostéopathe, en agissant directement sur la structure (tissus), visera à réhabiliter la fonction (fonctionnaliser).

Nous savons  que l’inverse est tout aussi vrai depuis que Moss, dans les années 1960, a décrit ce qu’il appelle « la matrice fonctionnelle ». Il démontre que la taille et la forme de l’os (structure) dépend directement de la demande de protection et de soutien des tissus mous (fonction) (Moss 1960). La qualité du fonctionnement des systèmes semble influencer la qualité des tissus. L’ostéopathe s’inscrit dans la prise en charge des troubles fonctionnels.

 

  1. L’unité du corps

 

L’unité est reflétée par l’interactivité des structures corporelles en raison de la circulation d’informations. Nombreux ostéopathes ont souvent constaté que « les changements dans le corps se produisent de façon trop rapide pour les expliquer par la seule transmission d’informations via le tissu conjonctif » (Guillaume 2009). L’avancée des connaissances en neuro-physiologie nous invite à nous tourner vers la compréhension des synergies fonctionnelles (Gagey 1973). Il existe en effet des synergies musculaires directement liées aux réflexes posturaux qui ont pour fonction d’accompagner la gestion de l’équilibre (Thomas 1952). Par exemple les  mouvements du cou influent sur le tonus musculaire des membres supérieurs (Magnus 1924, Fukuda 1959), les mouvements des bras se coordonnent aux mouvements des membres inférieurs lors de la marche (Piret 1971), la contraction des muscles oculomoteurs s’accompagnent d’un travail musculaire des extrinsèques plantaires (Roll et al. 1996)… En somme, l’unité signifie aussi de concevoir l’être humain comme un ensemble fonctionnel.

 

L’unité passe aussi par la non-dissociation du corps et de l’esprit, le patient étant regardé comme un « tout psychosomatique indivisible » (Viladot 1979). Une émotion, telle qu’une peur diffuse, peut en effet avoir des répercussions corporelles et accroître un trouble postural (Gagey et Weber 2004).

 

L’ostéopathe s’intéressera à la globalité de ses patients, tant d’un point de vue psycho-corporel que temporel, à travers leurs histoires de vie. Rollin Becker définissait d’ailleurs la vie comme « un mouvement dans la relation espace-temps » (Becker 1997). Cette notion de globalité de l’être humain fait de l’ostéopathie une thérapie holistique.

 

  1. L’autoguérison

 

Comment le comprend on à la lumière des connaissances actuelles en imagerie-médicale et en neurophysiologie ?

 

Le corps humain à indéniablement la compétence d’auto-réguler ses systèmes.

L’analyse systémique approfondie nous apprend qu’il existe une autorégulation du débit sanguin cérébral (Agnoli et al. 1968), une autorégulation de la densité osseuse par les ostéocytes (Rubin et al. 2002), une autorégulation de nombreuses fonctions cellulaires par l’hormone de croissance (Hull et al. 1998). Ces capacités naturelles d’autoregulation ne sont donc plus a prouver. Ce qui est intéressant de constater est que cela s’applique également à la posture qui est elle-même « contrôlée par un système qui intègre les informations de différentes entrées, au sein d’une boucle de rétroaction » (Nashner 1971).

 

L’ostéopathe aura pour objectif de favoriser le bon fonctionnement du système postural.

 

 

  1. La règle de l’artère

 

« Dites-moi où est ralenti le flux sanguin et je vous dirai où commence la maladie » (Still 1908). En s’appuyant sur cette règle, les ostéopathes utilisent le flux sanguin comme indicateur de régulation et de guérison du corps. Ce Mouvement Respiratoire Tissulaire (MRT) est une sensation de mouvement rythmique alternant dilatation et relâchement perceptible à  la surface de la peau (Fernandez 1990, Laval et al. 2002).

 

 

Traube (1865), Herning (1870) et D’Agrosa (1870) ont repris les recherches de Jones (1852) pour expliquer ces phénomènes rythmiques microcapillaires. Ils  ont conclu que le système vasculaire était parcouru d’ondes lentes d’un rythme régulier oscillant entre 3 et 20 cycles par minute (cpm), et ce indépendamment des rythmes systoliques et respiratoires. Ce que confirma le formidable travail d’Intaglietta et Tompkins (1973) qui ont utilisé un dispositif de séparation d’image vidéo permettant la mesure de la lumière des vaisseaux sanguins in vivo quantifiant ainsi les contractions et relâchements rythmiques vasomoteurs. Elles prirent le nom d’ondes TH- M ou encore ondes vasculaires accessoires (OVA